Témoignages sur Henri-Jean Martin

Henri-Jean Martin

Hommage à Henri-Jean Martin

Pour le dixième anniversaire de la disparition d’Henri-Jean Martin, BiblioPat s’associe à l’Enssib, à l’École des chartes et à la Bibliothèque municipale de Lyon pour rendre hommage à ce grand historien du livre, bibliothécaire et professeur, qui a marqué de son empreinte plusieurs générations de professionnels.

Pendant toute l’année 2017, des témoignages et souvenirs sur la personne et l’enseignement d’Henri-Jean Martin seront collectés sur ce site ; une synthèse en sera présentée pendant le colloque du 17 novembre 2017 à l’École des chartes.


  • Interrogé sur les libertins érudits lors du concours d'entrée à l'Ecole des chartes, je dus révéler mon ignorance, gravissime pour un aspirant chartiste, de qui fut Gabriel Naudé, dont jamais je n'avais entendu parler en classe prépa. Martin, qui aurait pu me tailler en pièces ce jour-là, en était bien conscient et me tendit au contraire quelques perches secourables. En revanche, car tel était son esprit taquin, il ne manqua pas une occasion, par la suite, de me rappeler malicieusement le rôle de ce grand savant et bibliothécaire. J'adorais l'histoire du livre telle que l'enseignais Martin mais je me demande si Gabriel Naudé ne m'avait pas fait prendre les bibliothécaires et les bibliothèques en aversion. Je ne jurais alors que par les archives mais les hasards de la carrière m'ont tout de même fait passer ensuite des archives vers les bibliothèques. Toutefois, il est bien possible que l'acquis stimulant des cours de Martin m'a aidé non seulement à en prendre mon parti mais encore à me passionner pour tout ce qui a pu animer Gabriel Naudé en son temps. Au fond, Henri-Jean Martin avait bien raison : les bibliothèques, c'est la vie !

  • C'était pendant les cours d'option que nous avions en troisième année, dans la salle du "fer à cheval" de l'ancienne bibliothèque de l'École des chartes. Henri-Jean Martin nous annonçait en arrivant : "Ce que j'ai à vous dire est un peu farce", avant de nous parler des grandes bibliothèques patrimoniales françaises et de leurs fonds, qu'il chiffrait avec beaucoup d'imprécision : "Environ 500 000 volumes, environ 350 000 volumes..." Comme je pensais naïvement qu'on aurait pu mieux faire, j'ai demandé pourquoi nous n'avions pas des chiffres plus nets, par exemple à l'unité près. Je me souviens très bien du regard bleu glacial que m'a lancé le maître avant d'articuler sa réponse : "Mais... vous avez une idée de la manière dont on s'y prend pour compter les volumes d'une bibliothèque ?" S'est ensuivi un silence de mort : non, je n'en avais aucune idée, et Martin n'a pas daigné me l'expliquer avant de poursuivre. Combien de fois me suis-je rappelé ces quelques mots, quand j'avais à remplir sans délai des formulaires de statistiques ? Je me suis maintenu, comme sans doute beaucoup d'entre nous, dans une approximation plutôt sincère qu'entre-temps n'ont guère amélioré les systèmes informatiques, et souvent j'ai trouvé l'occasion d'en parler moi-même à des étudiants. J'ai fini par admettre qu'il n'y aurait jamais de réponse : comme chez Cicéron, tout était dans la question.